Texte pour accompagner l’émission ‘Rapprochez-vous du poste’ avec Anne Montaron le 4 juin 2012 à 22h30.
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Hampus Lindwall et Anne Montaron
Après l’enregistrement à l’église du Saint-Esprit le 2 mai 2012, plusieurs esprits curieux m’ont posé quantité de questions concernant les techniques utilisées pour la réalisation de mes improvisations. Voici en réponse, cet article de blog qui vient accompagner l’émission du 4 juin. Les plus curieux d’entre vous qui avez entendu l’émission et qui avez poussé l’intérêt jusqu’à venir sur ce site, pourrez ainsi en savoir un peu plus sur mes méthodes. Je vous invite à poster commentaires et questions pour entamer un dialogue autour de cette musique.
La démarche :
Pour commencer, je voudrais dire un mot sur le choix de l’instrument qui est le charmant orgue de l’église du Saint-Esprit – Paris 12e – qui a été réalisé en 1934 par Gloton-Debierre. C’est un petit orgue de 15 jeux répartis sur deux claviers et un pédalier. Bien sûr, il ne s’agit pas vraiment d’un choix, puisque c’est l’orgue sur lequel je travaille. Néanmoins j’aurais pu me dire qu’il aurait été plus inspirant d’aller utiliser un instrument plus grand, avec plus de possibilités sonores et plus de variations possibles. Mais ce petit orgue présente de nombreuses qualités, il y a des choses qui parlent pour lui. Tout d’abord je le connais par cœur, à force d’improviser dessus chaque semaine pendant les offices. Ensuite, par la force des choses, j’ai appris comment le faire sonner pour « faire semblant » d’avoir sous les doigts un grand orgue. Et surtout, point capital, je voulais l’utiliser en combinaison avec de l’électronique, et l’immensité du lieu s’y prête particulièrement bien. L’église du Saint-Esprit est l’une des plus grandes de Paris !
Je travaille en duo avec le compositeur Suédois Jesper Nordin depuis plusieurs années, improvisant à deux, moi à l’orgue, et lui avec son ordinateur, enregistrant, modulant, transformant ce que je joue en temps réel. Cette fois, nous ne pouvions pas coordonner nos agendas, et j’ai du me trouver comment me débrouiller seul…
L’orgue, l’iPad avec le logiciel SoundYeah et le iRig Mix
Pour que ça fasse assez « street » (ou « urbain » comme on dirait en français, mais je ne trouve pas le terme satisfaisant), j’ai décidé de faire simple. On peut faire un traitement de son sans limites si on a accès à un studio qui coûte des dizaines de milliers d’Euros, mais que peut-on faire avec un matériel basique, à la portée de tout le monde ? J’ai regardé des vidéos sur YouTube pour voir ce qu’on fait dans les milieux de musique underground où les moyens sont restreints, musiques électroniques, DJs expérimentaux, techno etc. et je m’en suis inspiré pour utiliser mon iPhone et iPad. Donc, un micro devant l’orgue pour capter les tuyaux de la Montre. Après il y a une petite table de mixage qui s’appelle iRig Mix pour faire entrer le son dans l’iPad pour traitement, puis une ampli et deux enceintes.
Par la suite j’ai demandé à quelques-uns de mes amis compositeurs de me fournir des thèmes, pour être sûr d’éviter toute forme de cliché lié au monde de l’improvisation à l’orgue. Au niveau esthétique, je m’inspire beaucoup de la recherche artistique menée par des personnes de mon entourage, artistes de milieux divers comme les mondes de la peinture, sculpture, art cybernétique, installations, performance, cinéma expérimental, poésie et aussi les musiques rock, jazz, pop, électronique etc. Bref, partout où se trouve l’invention. Il me semble que tout art contemporain se doit d’être un reflet de son temps voire précurseur de son temps, et j’ai une énorme chance de connaître des grands artistes qui travaillent dans ce sens.
La musique :
Le premier thème est une structure conçue par Mauro Lanza. Il y a quatre sonorités différentes à juxtaposer et un plan de forme. Au départ les éléments sont joués de manière assez espacée. Le rapprochement fait le crescendo comme une strette, et l’espacement fait la fin. L’iPad est utilisé comme coussin péteur électronique.
Vague esquisse de forme pour l’improvisation autour d’une idée de Mauro Lanza
La deuxième improvisation n’est pas née d’un thème, mais d’un logiciel que j’ai trouvé pour iPad qui s’appelle Mugician. Le concepteur a voulu faire de l’iPad une manche de basse électrique à 7 cordes. On peut donc jouer sans frettes pour faire des glissandos. J’ai trouvé ça très intéressant de mettre un son qui ressemble au son de l’orgue et puis de glisser entre les notes. Rien de nouveau sous le soleil, des choses pareilles ont déjà été faites par Ligeti il y a longtemps, mais l’effet m’a semblé assez intéressant dans l’acoustique pour que je me lance dans cette « aventure ». Je joue avec la main gauche à l’orgue et la main droite sur l’iPad. Vers la fin de la pièce je lance des « accords » plus ou moins aléatoires ressemblant à des coups de mixtures non-accordées à l’orgue.
Mugician pour iPad
Pendant le concert… ! Photo de Lorenzo Pagliei
La troisième pièce est une instruction du compositeur italien Lorenzo Pagliei. Il n’y a rien de mieux, me semble-t-il, que de la publier ici.
Thème de Lorenzo Pagliei, cliquez pour agrandir
Suit ensuite une improvisation sur un vers de Franz Kafka proposé par Anne Montaron. Ici j’utilise un logiciel conçu pour guitare électrique et je fais sonner l’orgue à travers l’iPad et son amplificateur de style rock. Il n’y a aucun sample ou son pré-enregistré dans tout ça. Voilà ce que donne tout simplement un jeu de montre à travers une distorsion! Je travaille aussi avec le tirant du jeu pour les effets des notes qui semble glisser. Une pensée pour la pièce « Vampyr ! » de Tristan Murail, qu’il a ainsi appelé en hommage aux guitaristes dont il a « vampirisé» les idées au moment de l’écriture de sa pièce. Pour quelqu’un qui connaît le rock des années 70, il ne sera pas difficile de découvrir qui j’ai osé « vampiriser »…
« J’étais raide et froid, j’étais un pont, je passais au-dessus d’une abîme. » F. Kafka
Nosferhampus, le vampire en blanc….
Parfois il faut savoir laisser de coté quelque chose qu’on aime car c’est plus une fascination que quelque chose qu’on aime vraiment. Les anglophones disent « Kill your darlings ». Quand j’avais trouvé le logiciel SoundYeah j’ai été fasciné de l’utiliser comme dans la musique hip-hop, avec des boucles rythmiques. J’adore l’idée mais ne suis pas sûr du résultat.
Avec le même logiciel, SoundYeah, Francesco Filidei m’a suggéré de l’utiliser avec des notes répétées ou avec des trilles. En essayant, on a trouvé que les trilles marchaient mieux. Tout est réalisé en temps réel. Je joue un trille que j’enregistre, puis je fais de même avec un autre, puis un troisième. A partir du moment où j’en ai quelques-uns d’échantillonnés, je les mets en boucle et change la vitesse pour obtenir des hauteurs et des intensités différentes.
Répétition à l’orgue, avec Lorenzo Pagliei et Cindy Castillo
Le dernier thème que j’ai reçu était une expérience. Jesper Nordin m’a dit qu’il y avait une vidéo avec des instructions sur YouTube et que je n’avais pas le droit de la regarder à l’avance ; il me faudrait improviser en temps réel sur les « instructions » données en temps réel. Quand je reçois finalement la vidéo, il s’agit en fait de la séquence finale du film « Fist of Fury » de Bruce Lee ! C’est un écho à sa pièce avec le même nom qu’il m’a écrite en 2011, inspirée du film. J’ai tout simplement improvisé sur les images comme si j’accompagnais un film muet.
Improvisant devant Bruce Lee… Photo de Lorenzo Pagliei
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Merci à Magnus Lorentzson pour les photos.










[...] (version française ici) [...]